Pour mesurer le trafic sur son site web, le réflexe de base est d’utiliser Google analytics. La solution de Google a en effet le mérite de la simplicité. Une simplicité qui a cependant un coût : fonctionnalités limitées, recueil outrancier des données des internautes… Heureusement, il existe des alternatives. Matomo en fait partie. Nous avions déjà présenté un de ses grands avantages : le respect de la vie privée des internautes. Pour aller plus loin, nous nous sommes entretenus avec Ronan Chardonneau, formateur à l’outil Matomo et enseignant-chercheur en marketing digital.

En termes de fonctionnalités, Matomo est parfois présenté comme plus riche Google analytics. Cela paraît étonnant…

Avant tout, il faut souligner que, dans le digital, même les professionnels pâtissent souvent d’un manque de culture numérique. Notamment à propos d’un distingo fondamental : solution propriétaire VS solution libre.

[Note du bureau de Ganesh : les solutions propriétaires sont les outils dont les utilisateurs ne peuvent pas modifier le fonctionnement. C’est le cas par exemple de Microsoft Office. Les solutions libres, au contraire, permettent aux internautes de les modifier pour les adapter à leurs besoins. C’est le cas par exemple de WordPress.]

Les solutions des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) nous mettent dans un état végétatif : on ne contrôle rien. Et les professionnels recourent à des outils propriétaires parce qu’ils méconnaissent le libre : souvent, ils ne savent pas que ça existe !

Pourtant, le mouvement vers les solutions libres s’est déjà opéré pour un type d’outil très commun : les CMS (outils de gestion de contenus pour un site web ou un blog). Aujourd’hui, personne n’envisage de ne pas prendre WordPress alors qu’avant, beaucoup d’entreprises louaient des CMS propriétaires !

C’est cela qui explique pourquoi Matomo ne dispose « que » de 2 % de parts de marché au niveau mondial.

N’est-ce pas aussi parce que l’outil est plus complexe à manier ? Et j’en reviens à ma 1ère question : n’est-il pas moins riche que Google analytics ?

Il y a un gap à passer pour utiliser Matomo, il ne faut pas se le cacher. [Note du bureau de Ganesh : avec des connaissance techniques très basiques, Le bureau de Ganesh a cependant installé cette solution sans rencontrer d’obstacle, à domicile et chez des clients].

Mais surtout, la particularité de Matomo par rapport à Google analytics c’est qu’environ 200 contributeurs extérieurs y travaillent. [Note du bureau de Ganesh : que des internautes travaillent sur Matomo sans faire partie de l’entreprise est une traduction concrète du logiciel libre. Des personnes extérieures peuvent l’enrichir, soit par soutien, soit par besoin professionnel ou personnel, ou pour d’autres raisons.] Cet enrichissement continu fait de Matomo un outil très divers et complet. Moi-même, j’ai l’impression de ne connaître que 60 % de ce que fait Matomo !

Par exemple, Google analytics interdit à ses utilisateurs de collecter des données personnelles afin de ne prendre aucun risque. Avec Matomo, au contraire, on peut le faire. Et le RGPD le permet : à condition de les collecter dans un cadre défini et avec consentement explicite des internautes. [Note du bureau de Ganesh : Matomo permet cette option notamment parce que, contrairement à Google, les données des visiteurs sont stockées sur les serveurs des sites web qu’ils visitent et ne transitent pas vers des tierces parties. Par exemple, vous qui lisez cet article, vos données de navigation sont simplement stockées sur le serveur sur lequel est hébergé le site web du bureau de Ganesh. Personne d’autre que nous n’y a accès.]

Autre option possible : l’ajout d’un Twitter wall qui permet de remonter dans l’interface Matomo les tweets que vous souhaitez. Globalement, on peut tout faire en créant des fonctionnalités et tout un chacun peut en créer une. Matomo dispose en effet d’une marketplace qui permet d’accéder aux fonctionnalités créées par d’autres. Ce que ne fait pas Google.

Malgré tout, en termes de fonctionnalités avancées, Google est probablement meilleur. Mais pour des usages de base, comme on l’a vu, Matomo tient parfaitement la route.

Pouvez-vous présenter trois fonctionnalités de Matomo que ne proposerait pas Google analytics ?

L’analyse des actions des internautes à l’intérieur d’une page web

Prenons le cas de l’analyse de formulaire. C’est un plugin qui fait le travail d’un tag manager, c’est-à-dire un outil qui permet la collecte de données additionnelles. Par exemple, un tag manager peut situer si un internaute clique sur la vidéo dans une page web donnée. C’est ce qu’on appelle un « événement ». Et ces événements peuvent être suivis et mesurés avec Matomo. Si bien qu’avec cette fonctionalité, le web analyst peut savoir, selon le paramétrage réalisé, si l’internaute a été au bout ou pas du formulaire, jusqu’où il a été, etc.

Et pour réaliser cette opération, il n’y a aucun travail de code à réaliser. Matomo regarde simplement le code source de la page web dans laquelle le formulaire est présent et propose pour chaque événement un suivi pour suivre ce que font les internautes.

Google analytics ne propose pas cette fonctionnalité. Non pas que ses ingénieurs ne sachent pas le faire, mais l’entreprise veut peut-être éviter d’alourdir ses serveurs d’un trop grand nombre de données. Cela engendrerait en effet des coûts supplémentaires dans les data centers. D’où la richesse de Matomo : tout est décentralisé, donc il n’y pas de limites fixées par une entreprise centralisée comme Google.

L’import des données

Autre fonctionnalité intéressante que ne propose pas Google analytics : l’import des données. C’est notamment très intéressant pour des référenceurs.

Par exemple, Matomo permet d’importer les logs serveurs. [Note du bureau de Ganesh : les logs serveurs sont des fichiers stockés sur le serveur de votre site web. Ils contiennent un tas d’informations. Par exemple, sur les visites des internautes sur votre site : l’horaire de celles-ci, etc.] C’est très pratique pour des sites web qui n’ont jamais eu d’outil d’analytics. En consultant les logs serveurs, le référenceur peut comprendre l’historique du site web et analyser ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, la typologie des visites, etc. La loi française permettant 13 mois de stockage de logs serveurs, on peut remonter jusqu’à plus d’un an.

Des API faciles à prendre en main

L’API de Matomo est très facile à prendre en main. Cette simplicité permet d’automatiser plein de tâches.

Par exemple, tu travailles avec un fleuriste, tu as besoin de savoir quelle est la fleur la plus populaire sur son site e-commerce. Au lieu de t’embêter à faire le paramétrage à chaque fois, l’API de Matomo permet d’avoir le résultat immédiatement. Certes, les requêtes sont à créer à la main au premier usage, mais elles sont ensuite exportables sur d’autres sites web. Google analytics lui, oblige à tout refaire pour chaque site web.

Pourquoi vaut-il mieux, d’après vous, utiliser Matomo que Google analytics quand on travaille dans la communication ou le marketing ?

En utilisant Matomo, on est sûr d’avoir un outil durable. Même si demain Matomo meurt, n’importe quel développeur ou analyste peut reprendre le travail. Les données antérieures seront donc toujours disponibles. Si Google analytics meurt en revanche, les sites web perdent toutes leurs données !

Par ailleurs, les entreprises qui utilisent Matomo devraient communiquer sur le fait que les données ne sont pas transmises à une tierce partie. C’est un gage de confiance pour les internautes. D’ailleurs, en Allemagne, Matomo est utilisé par 17 % des sites web sur lesquels il y a un outil d’analytics installé. Ils connaissent en effet les dangers du recueil massif de données personnelles…


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