La neutralité du net est un concept qui défend l’égal accès pour tous à tous les sites et services d’internet. Une philosophie qui déplaît aux gros opérateurs de télécommunications. Par exemple, fin juin 2017, Verizon, opérateur télécom américain et nouveau propriétaire de Tumblr (via Yahoo!), aurait envisagé de restreindre l’accès audit Tumblr pour les détenteurs d’une adresse mail fournie par un concurrent. Un incident qui rappelle la nécessité de veiller à la neutralité du net pour éviter un internet fragmenté, à plusieurs vitesses. Explications.

C’est quoi, la neutralité du net ?

La neutralité du net est un principe :

Garantir que tous les flux de données (pour être clair, les informations qui transitent dans les tuyaux d’internet) sont également traités, sans que leur source, leur destination ou leur contenu ne puisse justifier une discrimination.

Et si demain, votre adresse mail vous empêchait d’accéder à vos services préférés ?

Un temps, la rumeur a couru : les utilisateurs américains de Tumblr utilisant une adresse mail fournie par un concurrent du nouveau propriétaire ne pourraient plus accéder au service.

Et ce, alors même que les engagements publics de Tumblr, notamment envers la neutralité du net, se faisaient de plus en plus discrets. Avant son rachat, la plateforme de blog était pourtant l’un des plus fervents défenseurs de la neutralité du net dans l’industrie de la tech’

Il faut dire que Verizon, le nouveau capitaine, s’était déjà attaqué à la FCC (le gendarme américain des télécoms) pour tenter d’assouplir les règles encadrant la neutralité.

Devant les réactions sidérées, Tumblr a très rapidement fait marche arrière.

Mise à jour du "help center" de Tumblr après l'annonce erronée

Mise à jour du « help center » de Tumblr après l’annonce erronée

Pour cette fois. En effet, le nouveau président américain, Donald Trump, se montre assez peu sensible à la préservation de la neutralité du net… et a nommé un ferme opposant de ce principe à la tête de la FCC.

Le principe… et le mur de la réalité

Plusieurs conflits autour de ce principe ont déjà eu un écho considérable : l’opposition entre Free et Youtube (le premier diminuait-il la bande passante dédiée au second ?) en France, ou encore le projet d’internet mondial de Facebook (qui ne donnait accès qu’à quelques sites soigneusement triés sur le volet, dont… Facebook).

Plus généralement, la plupart des fournisseurs d’accès à internet (FAI de leur petit nom) (co)produisent aussi des contenus : les anciens portails d’information aux chaînes télé aux couleurs d’Orange, le kiosque de presse en ligne de SFR ou les partenariats musicaux entre La Poste Mobile et Universal… Les FAI, maîtres des tuyaux, pourraient tout à fait décider de privilégier leurs propres contenus à ceux de leurs concurrents, si personne ne leur interdisait. Ils pourraient aussi décider de faire payer les services les plus utilisés des internautes (ceux de Google, au hasard), pour ne pas diminuer le débit qui leur est alloué.

En France, c’est l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques, qui arbitre les litiges liés à la neutralité du net. Des associations, comme la Quadrature du net, se sont fixées l’objectif de défendre les droits et libertés des citoyens sur internet et recensent les entorses à la neutralité du net.

Neutralité du net : les enjeux

Égalité de traitement, circulation des innovations : les défenseurs de la neutralité du net mobilisent plusieurs arguments.

Égalité de traitement : l’enjeu démocratique

Refuser de faire dépendre l’accès au réseau des ressources financières de ses utilisateurs, c’est les placer tous, particuliers comme entreprises commerciales, sur un pied d’égalité.

La neutralité du net est une affaire sérieuse : le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur ce point. Pour l’institution, le droit à « la libre communication des pensées et des opinions » implique la liberté d’accéder aux « services de communication au public en ligne » (en d’autres termes, au web).

Innovation : l’enjeu économique

Accéder au réseau librement, c’est aussi y partager librement ses innovations. Et ce, même si elles entrent en concurrence directe avec un service fourni par votre FAI. Par exemple, cette application de téléphonie sur IP, comme Skype, qui concurrence directement le fournisseur de votre forfait mobile (par exemple, Orange, Bouygues ou SFR). Ou cette application de vidéo à la demande (par exemple, celle de France télévisions), concurrente direct de celle de votre FAI (par exemple, le service d’Orange).

Infrastructure : l’enjeu des investissements

A cela, les FAI répondent que les abonnements payés par les consommateurs ne suffisent pas à financer le coût de déploiement des réseaux, notamment la fibre. Ils souhaiteraient que les éditeurs de service (Google…) contribuent à l’effort. Ils pourraient aussi envisager un internet à deux vitesses, les détenteurs des abonnements les plus coûteux se voyant garantir un début minimal même quand le réseau est congestionné… ce qui restreindrait l’accès de ceux ne pouvant s’offrir de tels forfaits.

Ces arguments sont toutefois fortement contestés.

Pourquoi préserver la neutralité du net est importante pour vous ?

Tout simplement parce que, sans ce principe, votre fournisseur d’accès pourrait vous demander de le payer pour permettre à vos clients d’accéder à votre site e-commerce. Ou Facebook instaurer un péage pour vous donner accès à votre page, parce que lui-même devra payer les FAI.

Ou alors, parce que votre offre sera directement concurrente de celle d’un fournisseur d’accès, et qu’il vous accordera moins de bande passante (voire plus du tout).

Aussi, tout simplement, parce qu’on ne souhaite pas qu’internet ressemble, un jour, à ça :

Neutralité du web : illustration


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