L’interopérabilité est un principe qui veut que tous les outils numériques puissent fonctionner ensemble. Par exemple, la possibilité d’envoyer un mail à quelqu’un qui n’a pas la même boite mail que vous. À l’inverse, vous ne pouvez pas communiquer avec vos ami·es Facebook ailleurs que sur Facebook. L’interopérabilité est donc un principe, mais aussi un combat. Explications.

L’interopérabilité pour les nul·les

L’interopérabilité repose sur des protocoles (techniques, dans le cas du numérique). Ou pour le dire autrement, des conventions : des règles respectées par tou·tes.

Dans son excellent billet de blog sur le sujet, l’association Framasoft démontre la nécessité de ces conventions par cet exemple : « lorsqu’on rencontre quelqu’un, on se serre la main, ou bien on se présente si l’autre ne vous connaît pas, etc. » Et les protocoles humains ont cette particularité d’être souples : « Si la personne avec qui vous communiquez ne respecte pas exactement le protocole, la communication peut tout de même avoir lieu, quitte à se dire que cette personne est bien impolie. »

Tout le contraire des programmes informatiques. « Sur un réseau comme l’Internet, pour que deux logiciels puissent communiquer, chacun doit suivre exactement les mêmes règles et c’est l’ensemble de ces règles qui fait un protocole. »

Les bénéfices de l’interopérabilité

Un exemple, aussi donné par Framasoft : les pages erreur 404. Ces pages web affichent toujours le nombre 404, qui est « simplement le code d’erreur qu’utilisent [les navigateurs web, comme Firefox ou Chrome] pour signaler que la page [web] demandée n’existe pas. Ces codes numériques, conçus pour être utilisés entre logiciels, ont l’avantage (…) de ne pas dépendre d’une langue humaine particulière. »

À nouveau, on voit bien que le protocole rend possible la communication entre tou·tes. C’est donc une sorte de langage universel. Que ce soit sur Internet ou ailleurs, vous l’avez compris.

Exemple d'interopérabilité hors du numérique : la prise électrique.
Framasoft illustre l’interopérabilité par un exemple connu de tous et toutes : la prise électrique. Quel que soit l’appareil électrique que vous utilisez (grille-pain, lampe, télévision…), il est interopérable avec la source d’électricité grâce aux prises électriques.

Pour ce qui concerne Internet, ces protocoles sont indispensables : ils rendent possible l’interopérabilité. Framasoft explique : « sans protocole, deux logiciels ne pourraient tout simplement pas communiquer, même si les câbles sont bien en place et les machines allumées. »

Exemple : « sans protocole, les logiciels seraient dans la situation de deux humains, un Français ne parlant que français, et un Japonais ne parlant que japonais. Même si chacun a un téléphone et connaît le numéro de l’autre, aucune vraie communication ne pourra prendre place. »

Si les protocoles sont bien respectés par tou·tes, les entreprises et particuliers peuvent librement utiliser des logiciels différents. Par exemple, deux personnes dont une utilise Gmail et l’autre ProtonMail peuvent échanger des mails sans souci. Et si elles le peuvent, c’est parce que ces deux outils, Gmail et ProtonMail, respectent le protocole du mail. Ils sont interopérables.

L’interopérabilité est menacée par Facebook, Google et consorts

Sur internet, chacun·e peut créer son propre protocole. Mais, comme le dit Framasoft, « si chaque développeur ou développeuse d’applications invente son propre protocole, il n’y aura plus d’interopérabilité. Chaque utilisatrice et chaque utilisateur ne pourra plus communiquer qu’avec les gens ayant choisi le même logiciel. »

C’est déjà ce qu’il se passe avec les grands réseaux sociaux. Prenons le cas de Facebook. Ce réseau social est un service qui est comparable à un silo fermé : il ne communique pas avec d’autres silos numériques, comme par exemple LinkedIn ou Twitter. C’est ce qui explique que vous ne pouvez pas communiquer avec vos contacts LinkedIn sur Twitter, ou l’inverse.

Ces espaces numériques fermés sont nombreux et surtout très populaires. En voici une liste non exhaustive :

  • YouTube
  • Twitter
  • Facebook
  • WhatsApp
  • Messenger
  • Snapchat
  • Instagram
  • LinkedIn
  • Twitch
  • etc.

Il en existe en effet beaucoup d’autres, moins populaires. La popularité des sites cités ci-dessus est bien tout le problème : ils sont tellement populaires qu’ils enferment de facto leurs utilisateurs et utilisatrices chez eux. Cela explique pourquoi tant de gens ne quittent pas Facebook même s’ils le souhaitent.

En effet, en quittant Facebook, ils ne pourraient plus échanger avec leurs ami·es Facebook. Le nombre d’utilisateurs et d’utilisatrices de Facebook fait boule de neige : plus il y en a, plus le réseau social a de valeurs aux yeux des internautes. Et une fois présent sur le réseau social, même s’il est techniquement facile de le quitter, c’est socialement difficile.

C’est pour lutter contre la multiplications de ces silos fermés que l’association Framasoft et des dizaines d’organisation ont lancé un appel : « Pour l’interopérabilité des géants du Web« . L’objectif, pour Framasoft : « obtenir que [les grandes plateformes numériques] permettent l’interopérabilité avec des services concurrents, de façon à permettre une réelle liberté de choix par les utilisateurs. »

Perspective alléchante, non ?


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