Il y a un an, après des années de salariat, nous lancions notre activité indépendante. Pour ce faire, pas de start-up ni d’auto-entrepreneuriat : c’est au sein d’une coopérative que « Le bureau de Ganesh » est né. Au pays de la start-up nation, c’était un choix original… et une expérience positive à tous points de vue. Retour sur cette première année en 5 leçons.

1. La coopération a du bon

Nous ne sommes pas une start-up. Emmanuel Macron doit être triste, lui qui rêve d’une “start-up nation”. Redonnons-lui le sourire : ça ne nous empêche pas d’entreprendre. Car Le bureau de Ganesh est bien une entreprise – ou presque : nous ne sommes pas une start-up, ni une SARL, ni une auto-entreprise ; nous sommes… entrepreneurs coopératifs.

Nous appartenons à une coopérative d’activité et d’emploi (CAE). Le principe ? Aider les créateurs d’entreprise, comme nous, à se lancer dans leur projet. Chez nous, à L’Ouvre-Boîtes 44, l’accompagnement dure 3 ans. La coopérative nous accompagne, nous conseille, nous forme quand c’est nécessaire. En retour, nous mettons la main à la pâte collective pour aider les autres, quand nous nous en sentons capables.

C’est notre première leçon : la coopération a du bon.

Détaillons concrètement les avantages issus de cette coopération.

D’abord, nous sommes formé.e.s. C’est même l’objet des premiers jours d’intégration, de nous former aux indispensables : les fondamentaux du marketing, de la comptabilité ou de la définition d’une offre commerciale. Ce qui nous a permis d’éviter quelques gross(ièr)es erreurs et de gagner plusieurs mois.

Ensuite, nous sommes salarié.e.s. Un salaire financé par notre chiffre d’affaires et qui change tout : nous bénéficions, contrairement aux auto-entrepreneurs et autres dirigeant.e.s d’entreprises non salarié.e.s, du régime général de la Sécurité sociale. C’est une banalité de le dire, mais à l’heure où démanteler la Sécu passe pour le nec plus ultra politique, disons-le quand même : ce régime général nous couvre contre les grands risques comme le chômage, la vieillesse, la maladie, les accidents du travail et les maladies professionnelles. Une protection sociale, collective, forcément bienvenue.

Enfin, nous sommes débarrassé.e.s d’un bon nombre de tâches administratives. La coopérative et sa précieuse équipe d’appui gèrent intégralement notre comptabilité et nos salaires. Là encore, c’est un énorme atout : nous pouvons nous concentrer uniquement sur nos clients et notre développement, sans nous soucier de savoir, comme tant d’autres entrepreneurs, si le RSI va nous tomber dessus ou si notre dernière facture est carrée au regard du droit.

2. Être indépendant ne signifie pas être seul.e

Nous ne levons pas de fonds.Nous tenons à ne jamais recourir à ce type de financement. Le bureau de Ganesh a démarré sur ses (petits) fonds propres. Au-delà du fait que nous ne sommes pas étiquetés start-up (ce qui aurait de toute façon fait fuir tout investisseur de la start-up nation), nous tenons à assurer notre développement de manière indépendante. Dit plus franchement, nous voulons grandir sans donneur d’ordres qui attendrait un retour sur investissement trop rapide pour nous permettre de réaliser un décollage solide. Nous sommes donc indépendants… mais pas isolés pour autant.

C’est notre deuxième leçon : être indépendant ne signifie pas être seul.e.

Là encore, soyons concret.

D’abord, nous sommes aidé.e.s quand nous répondons à des appels d’offres. Tout.e entrepreneur.e qui concourt à des appels d’offres (AO), publics ou privés, le sait : c’est un énorme travail, qui demande généralement plusieurs semaines. Un travail d’autant plus éprouvant que les obligations juridiques sont denses et que les erreurs sont rédhibitoires. Ici, la coopérative joue un rôle fondamental : elle accompagne les entrepreneurs dans leurs démarches administratives liées aux AO. Une aide indispensable, qui nous permet de nous concentrer sur le fond de la réponse.

Ensuite, la coopération entre entrepreneur.e.s est courante. Une pratique très utile dans la mesure où nos clients n’ont pas forcément des besoins ou demandes correspondant précisément à notre offre commerciale. Idem pour les appels d’offres. Dans ces cas-là, nous faisons appel à la coopérative pour qu’elle nous conseille des entrepreneur.e.s avec lesquel.le.s nous pourrions travailler en partenariat. Très efficace pour toucher des clients inaccessibles pour nous seul.e.s.

Enfin, nous sommes accompagné.e.s toute l’année. Chaque entrepreneur.e de la CAE bénéficie en effet du suivi d’un.e chargé.e d’accompagnement tout au long de son lancement (qui peut durer, rappelons-le, trois ans). Nous nous entretenons régulièrement avec notre chargé d’accompagnement, qui nous aide à être au clair sur nos objectifs et à surmonter nos difficultés ponctuelles.

3. Le code du travail n’empêche pas d’entreprendre

Nous ne travaillons pas 80 heures par semaine. Et nous nous en portons très bien. Si le dogme contemporain veut que chaque entrepreneur soit une bête de somme surchargée de travail, de notre côté, nous travaillons un temps plein légal, ni plus, ni moins. C’est-à-dire 35 heures. Bien sûr, il arrive qu’une surcharge ponctuelle survienne. Dans ce cas, nous l’assumons et nous rattrapons le temps travaillé supplémentaire dès que nous le pouvons.

C’est notre troisième leçon : entreprendre en respectant le code du travail, eh oui, c’est possible !

Contrairement à ce qu’on peut croire, cette position n’est pas toujours simple à assumer. En effet, il est courant d’entendre, dans le petit milieu des entrepreneurs et des start-uppers, que les 35 heures sont une farce et qu’il est impossible de mener à bien un projet en respectant le code du travail. Forcément, vous comprenez ma bonne dame, aujourd’hui tout va si vite qu’il faut bien tirer un trait sur quelques archaïsmes.

De notre côté, nous entreprenons en respectant ces  a̶r̶c̶h̶a̶ï̶s̶m̶e̶s̶ principes élémentaires qui protègent la santé de tous ceux qui travaillent. Un choix encouragé par la coopérative, qui conseille à tou.te.s les entrepreneur.e.s qu’elle suit de veiller à l’équilibre entre leur temps professionnel et personnel. Le conseil peut paraître naïf, mais combien de start-uppers plein d’envie s’écroulent d’épuisement ou persistent dans une mauvaise voie faute de pouvoir prendre du recul ?

4. La rentabilité n’est pas réservée aux start-ups

Notre chiffre d’affaire augmente régulièrement. Un an après notre lancement, nos revenus croissent et notre dynamique de développement est positive. Nous ne sommes pas encore rentables, au sens où ne pouvons pas encore vivre (totalement) de notre activité, mais le but est à portée de main.

C’est notre quatrième leçon : la rentabilité d’une activité n’est pas réservée aux seules start-ups.

Les conditions de travail très favorables dans notre CAE, que nous avons décrites jusqu’ici, nous offrent mécaniquement de plus grandes chances de devenir rentable que d’autres statuts (auto-entrepreneur, start-up…).

5. L’agilité ne se décrète pas, elle s’organise

Nous sommes agiles. Comme n’importe quel.le entrepreneur.e, il peut arriver que nous recevions des commandes avec un délai très court. Et comme n’importe quel entrepreneur.e, nous nous adaptons.

C’est notre cinquième et dernière leçon : comme la rentabilité, l’agilité ne se décrète pas, elle s’organise.

Être une start-up ne signifie pas mécaniquement être agile, c’est-à-dire avoir une processus de production souple et rapide. Si les start-ups peuvent en effet produire très vite et s’adapter rapidement, ce n’est pas tant grâce à une organisation parfaite qu’à, parfois, une exploitation sans scrupule des personnes qui y travaillent.

Évidemment, être entrepreneurs coopératifs ne signifie pas non plus, par effet magique, être agiles ! Si nous, Le bureau de Ganesh, prétendons l’être, c’est parce que nous nous sommes organisés pour. Merci L’Ouvre-Boîtes !

Soutien de la coopérative, prise en charge par l’équipe d’appui des tâches administratives et comptables, la coopérative nous apporte un soutien précieux dans tout un tas de tâches. Ensuite, la coopération entre entrepreneurs est aussi un atout. Par exemple, nous pouvons construire des partenariats avec d’autres entrepreneurs de la coopérative sur-mesure pour répondre aux demandes d’un client. Une coopération ponctuelle, souple et efficace. Agile, donc.

Ce que l’entrepreneuriat doit à la coopération

Au pays de la start-up nation, la coopération semble oubliée. Même si la coopération entrepreneuriale ne se pratique bien sûr pas seulement dans les coopératives, ce statut d’entreprise semble médiatiquement ignoré (sauf cas spécifique et rare comme les Fralib).

Pourtant, les CAE regroupent plus de 7 000 salariés et génèrent à elles seules plus de 80 millions d’euros de chiffre d’affaires. Or, les CAE ne représentent qu’une partie des coopératives en France. Comparés à la totalité de la production française, ces chiffres sont certes une goutte d’eau. Cependant, face à un rouleau compresseur médiatique et politique en faveur des start-ups, de tels résultats sont en eux-mêmes un petit miracle.

Un petit miracle qui mérite de grandir. Répétons-le : ce que nous avons d’abord appris un an d’entrepreneuriat en coopérative, c’est que la coopération a du bon. Dans un contexte de sacralisation de la concurrence de tou.te.s contre tou.te.s, ce postulat est un changement philosophique presque copernicien.

Rendez-vous dans un an !


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