Les fêtes arrivent et vous angoissez. C’est bien normal, pour la Xe fois, vos oncles, tantes, frères, sœurs, beau-père et belle-mère vont vous demander : « Mais tu fais quoi exactement ? Je n’ai pas bien compris… » Pour passer cette épreuve sereinement, Le bureau de Ganesh vous offre un guide de survie « spécial Noël » pour communicant·e numérique.

L’entrée : le piège traditionnel (que vous avez encore oublié)

Ça y est, tout la famille est réunie autour de la table (on est gentil, on vous passe l’apéro) : vient l’heure de se mettre à la page sur les projets professionnels de la famille. Pas de bol, vous ouvrez le bal : votre oncle vous fixe, longtemps, l’air de mûrir sa question (ou de profiter de son whisky), puis lance : « Alors et toi, ça va bien dans ton boulot ? » Cette première question est un piège, destiné à introduire la (vraie) question, que vous voyez venir à 10 bornes :

« Mais qu’est-ce que tu fais exactement ? »

Clac. Le piège se referme.

Le mieux au premier round, pour vous échauffer, c’est de faire simple : tentez la carte de l’analogie. Les bouteilles n’ont pas encore été vidées, les vapeurs d’alcool n’envahissent pas (encore) les cerveaux, ce serait mesquin de tout embrouiller dès le début.

 

Disons que votre oncle est passionné de chasse (oui, on sait : c’est cliché), mais que ce n’est pas le cas de toute la famille. Vous tentez un coup double : filer une métaphore qu’il comprendra aisément – quitte à déformer un tout petit peu votre métier réel – et dévier la conversation. Respirez un grand coup, prenez l’air vaguement sûr·e de vous, et envoyez : « c’est très simple ! Mon boulot c’est un peu comme la chasse : je m’occupe de ramener la cible vers mes positions. Enfin en gros, quoi… Tu vois ? »

Piqué dans sa sensibilité de chasseur, Tonton va choisir de se défendre face à ce qu’il considère comme une agression pure et simple : « Ouais enfin la chasse, c’est pas tellement attendre tranquillement que l’bestiau vienne de lui-même ! » (à lire avec un ton qui monte progressivement jusqu’à… attirer l’attention des autres convives). Bingo, c’est gagné : votre père intervient pour calmer son frère et en profite pour lui lancer que la chasse, quand même, c’est vraiment un truc de beauf.

L’engueulade est sur de bons rails et le poisson est noyé. Bien joué. Tour suivant.

La dinde : personne ne vous a oublié (et aucun n’a compris ce que vous faites)

L’entrée se termine et la dinde est déjà sur la table. C’est qu’une personne, bien plus intelligente que vous, a bien compris qu’elle devait s’éclipser en misant sur des allers (simples, de préférence) vers la cuisine pour éviter les pièges. Votre sœur, ingénieure en physique quantique, s’arrange en effet pour être absente la moitié du repas. C’est qu’elle aussi, personne ne comprend son travail – et elle n’a aucunement l’intention de faire le moindre effort pour tenter (vainement) de l’expliquer.

C’est donc tout naturellement que le sujet revient vers vous. Cette fois-ci, c’est votre nièce qui vous interpelle, en plongeant dans ses (vagues) souvenirs :

« Tu m’avais pas dit que tu remplissais internet… ?« 

 

Vous espérez que personne ne l’a entendue et la fusillez du regard, avant de comprendre l’ampleur des dégâts :

« Mais non, c’est beaucoup plus compliqué que ça ! »

…, ajoute votre mère vous regardant tendrement, attendant une approbation de votre part.

Le piège se referme à nouveau.

Bien sûr que votre métier est complexe et riche, mais il faut couper court à toute tentative bien intentionnée de creuser la question. C’est donc le moment de jouer votre deuxième carte, naïvement didactique. Vous respirez à nouveau un grand coup, vous voyant sur une estrade d’Université, et pontifiez : « Oui, on peut dire ça. Pour faire clair, je suis chargé·e de définir une stratégie de communication web claire et précise et, bien sûr, de guider les équipes pour assurer l’homogénéité de la production éditoriale collective, sur nos médias propriétaires et sur les réseaux sociaux, notamment. »

Rasséréné·e par cette introduction dont vous êtes plutôt satisfait·e, vous enchaînez sans laisser à personne le temps de souffler : « Bon, et tout ça sans oublier de mesurer nos résultats, parce que forcément sans indicateurs de per…« . « Qui reprend du vin ?! » Ça y est, votre grand-père a délibérément coupé court. En temps normal, vous auriez considéré cela comme une grossièreté absolue, mais un soir de réveillon, c’est une bénédiction. Les verres se précipitent vers la bouteille et la discussion s’engage sur cet excellent vin.

+ 10 en chance. Vous soufflez. Tour suivant.

Le fromage : tu quoque, mi fili 

Tout le monde est repu mais, réveillon oblige, il en faut encore : c’est au tour du plateau de fromages d’arriver sur la table (amené par votre sœur, qui ricane de vos malheurs).

Votre fils, dont l’espièglerie n’a d’égale que son adolescence interminable, constate votre angoisse latente et en profite pour remettre une pièce dans la machine :

« Moi il y a quelque chose que je n’ai pas compris, c’est en quoi ça consiste exactement, la communication digitale ? Parce qu’à la base, digital, c’est les doigts. Donc tu fais de la communication avec les doigts, c’est ça ? »

…vous lance-t-il, très fier de son coup.

A ce moment-là, vous passez en revue tout l’éventail de punitions possibles pour châtier ce coup bas, au premier rang desquelles vous inscrivez derechef « brûler son cadeau de Noël ». Pas le temps de réfléchir plus longtemps à votre plan que votre père intervient : « c’est pas faux ce qu’il dit, l’petit ! Ça n’a aucun sens vot’ truc… » 

 

Pas le choix, il faut vous défendre. C’est l’heure de jouer la carte de l’humour (mais pas vraiment drôle, sinon votre famille va en redemander). Vous tentez d’expliquer que c’est un anglicisme, comme il y en a dans tant d’autres métiers (du moins l’espérez-vous), et que ça n’a aucun rapport avec vos doigts. Vous concluez fièrement : « si on se servait du clavier avec la bouche, ça ne serait pas pour autant de la communication orale ! » Un long silence général s’installe. Vous vous demandez si vous avez mouché tout le monde ou si, au contraire, la table est consternée de la nullité de votre blague (vous penchez avec confiance pour l’option 2). Quoi qu’il en soit, la conversation bascule alors vers la bûche, un sujet plus consensuel et compréhensible.

Personne n’a rien compris mais vous vous en sortez sans trop de casse. C’est bien le principal. Ça vous laisse le temps de vous préparer pour le dernier tour.

Le dessert : brouillard de guerre

« Une bûche aux marrons ! » annonce votre sœur, retournée depuis se mettre à l’abri dans la cuisine. Votre fils, qui a adoré vous mettre mal devant votre famille, en remet une couche :

« Moi, sur Snapchat, j’ai droit à des pubs sur la bouffe de Noël alors que j’ai rien demandé ! »

Tous les regards se tournent vers vous. Il ne vous reste qu’une carte en main : après l’analogie, la pédagogie, et l’humour (foireux), vous devez embrouiller tout le monde une bonne fois pour toutes. Votre roue de secours : le bullshit bingo.

 

Vous abattez donc votre joker. Bien décidé·e à ne pas vous faire humilier par votre progéniture, vous vous lancez dans une explication technique en prenant soin d’utiliser le jargon des publicitaires : interstitiels, impressions, above the line, CPC, display, RTB, KPI, ARPU… Après trois phrases, tout le monde a décroché et votre fils est plongé dans Snapchat.

Victoire par K.O.

Tandis que vous savourez votre café, enfin débarrassé·e des questions gênantes, vous jetez un œil à ce que fait votre fils sur Snapchat. Vous entrevoyez une photo de sa tête agrémentée d’oreilles de chat et d’un museau de vache. Interloqué·e, vous vous demandez ce qu’un anthropologue en tirerait comme conclusion. La science actuelle ne vous apportant aucune réponse satisfaisante, vous vous servez un digestif et savourez votre victoire.


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